jump to navigation

Pornichet Select 2009 3 juin 2009

Posted by Jerome Samson in : General , trackback

Jerome Samson - 2009-04-25 Pornichet Select - Photo (c) Bruno Bouvry www.imagesdemer.comPremière course au large en solo

Fin avril 2009, j’ai participé à ma première régate en solitaire à bord du Pogo 2 n°504 « Manu Poki », dont je venais, trois semaines auparavant, d’acquérir 25% des parts. La course au large en solitaire est une activité très… …solitaire. A mes yeux, l’un des inconvénients majeurs de cette activité passionnante est qu’elle est difficile à faire partager, alors que pour moi une partie du plaisir d’être en mer vient du partage de ce plaisir avec d’autres. C’est dans cet esprit que j’essaie ici de rendre compte de cette course.

Manu Poki, Pogo 2 n°504

Il s’agit d’un bateau de course au large de série, de 6,50m de long, très large et très toilé pour sa taille. Ce « Mini » est en fait conçu comme un bateau du Vendée Globe mais en 3 fois plus petit et en beaucoup, beaucoup moins cher. En fait, c’est même plutôt l’inverse : les monocoques du Vendée Globe (18 mètres de long) ont été conçus à partir d’idées d’abord testées sur des Minis…

Le maxi-programme de course de ces mini-bateaux est composé de nombreuses courses en solitaire ou en double, plus moins longues. Les courses les plus courtes, de quelques centaines de milles et sur 2 à 4 jours, nous emmènent tourner les îles proches, chatouiller l’Irlande ou l’Espagne, au départ de la façade atlantique française (comme par exemple la fameuse Mini-Fastnet), et les plus longues, plusieurs milliers de milles, font l’aller-retour aux Açores, le tour de la Méditerranée ou encore, la très célèbre Mini-Transat, qui se court tous les deux ans depuis plus de 30 ans.

Seconde saison en Mini

Il s’agit cette année pour moi de la seconde saison où je participe – très modestement – au circuit organisé par l’association des coureurs sur ces petits bateaux de 6,50m, la « Classe Mini ». En 2008, à bord du Pogo 2 n°529, j’avais participé à deux courses en double, dont la Mini Fastnet Lors de cette course, une bonne option stratégique (appelons ça chance ?) m’avait permis de compenser mon manque d’expérience et de préparation, et de terminer 6e sur 50 participants en catégorie « Série ». J’avais également pu tester mon comportement en solitaire, hors régate, lors d’un petit périple en Bretagne Sud, par beau temps, fin août.

La saison 2009 est à nouveau une saison de découverte, de la course en solitaire cette fois et sur un autre bateau – le n°504 – quasiment identique au n°529 de l’an passé. Peut être que 2010 me verra m’embarquer pour des courses plus longues, notamment l’aller-retour aux Açores depuis les Sables d’Olonne, qui me tente beaucoup. Mais c’est une autre histoire, et revenons plutôt à cette première course en solo.

L’une des courses les plus dures du circuit

Cette course d’avril 2009, la Pornichet Select 6.50, porte bien son nom : elle est traditionnellement « sélective ». Placée très tôt en saison, elle est chaque année copieusement servie par les dieux Eole et Neptune, qui ont raison l’un et l’autre du matériel ou du moral d’une bonne partie des concurrents. Les bonnes années près d’un tiers des partants ne finissent pas la course, et les années les plus rudes (2008 est un bon exemple), plus de la moitié abandonnent.

Au programme, 300 milles de navigation, au départ de la Baie de la Baule : remontée vers les Birvideaux (rocher isolé entre Belle-Ile et Groix), descente jusqu’à Bourgenay (à 15 milles au sud des Sables d’Olonne), remontée jusqu’à Groix et redescente vers l’arrivée, au même endroit que le départ. Les difficultés viennent principalement de la nécessité de gérer la fatigue liée à la veille constante durant 72h : en mer le principal danger c’est la côte (écueils, bateaux de pêche et cargos y compris), et sur cette course, on en reste toujours très proche. S’ajoutent à cela forts courants de marée, conditions météo souvent très perturbées en avril, etc…

Mes objectifs pour cette course étaient simples : naviguer proprement, et terminer sans casse. Le classement, sur une première régate en solo, qui plus est sur un bateau que je découvre et que je teste, m’importe peu, Tant mieux si je peux rester au contact de ceux avec lesquels je me prépare, tant pis si à la suite d’erreurs je descends au classement : le tout étant d’accumuler de l’expérience, d’identifier les points à travailler. Quel que soit mon classement, je resterai serein, si je sais expliquer à l’arrivée pourquoi je ne suis pas avec les premiers, et comment je pourrais éventuellement y parvenir.

C’est parti

Après avoir convoyé de La Rochelle à Pornichet mon bateau le lundi de Pâques 2009, et être venu le bricoler le week-end suivant, me voilà fin prêt, ce samedi 25 avril 2009, pour prendre le départ (avec beaucoup de trac) de ma première course au large en solitaire.

Samedi 25 avril, 13h : bon départ !

Partant pour 300 milles et avec avant tout l’intention de finir proprement et sans casse, je prends le départ en milieu de ligne, en deuxième voire troisième rideau, quelques dizaines de secondes après le coup de canon. Beau temps, grand soleil, c’est du pur plaisir de faire quelques bords de près par une dizaine de nœuds de vent en sortant de la baie de la Baule, le tout au milieu d’une flotte de 64 voiliers de 6,50m – ces fameux « Mini-Transat » –, armés par autant de solitaires.

Un bon nombre de concurrents de la flotte ont un peu négligé la lecture des Instructions de Course, et coupent le parcours en ne laissant pas la balise verte « Pornichet » à babord : le comité les rappelle à l’ordre et plusieurs copains qui étaient bien devant en sont quittes pour un petit détour ! Je suis mort de rire tout seul à bord, tout en sachant bien que ces petites erreurs ne présagent en rien de la suite. Sans non plus faire de délation, il me semble que plusieurs autres concurrents, qui passent en même temps que moi au niveau de cette bouée verte, la laissent du mauvais côté et ne réparent pas leur erreur.

Un petit aller retour presque sans histoire vers la pointe du Croisic permet à tout le monde de prendre ses marques, le 504 avance bien, sous génois et grand voile haute, j’ai l’impression d’avoir une bonne speed au près. Au passage de la bouée gonflable mouillée devant Le Croisic, le mini me précédant loupe un peu sa manœuvre et passe la marque en deux ou trois virements. Gêné par sa manœuvre, je manque la mienne aussi, et faute certainement au courant et à ma précipitation, je la touche ! Bien joué, 504… Je répare juste après, mais bon tout ça n’est pas très très propre.

Sur ce premier bord de portant, le spi que j’envoie en tête me semble un peu bizarre, un peu petit… Affaire à suivre… Arrivé en bas de ce petit parcours tactique d’échauffement, j’enroule proprement la bouée, me remet au près tribord amure. Je regarde bien autour de moi, et je renvoie un virement, pour repartir bâbord. Pas très bien vu de ma part, un autre mini me rase par derrière. Ca passe, mais encore une fois ce n’est vraiment pas joli joli de ma part… Ca commence bien, vivement le large !

Tout ça me rappelle de façon aiguë qu’une course de 300 milles, ça peut aussi s’arrêter très vite, et là où la flotte est la plus concentrée, les risques d’abordage le sont aussi ! Et en solitaire encore plus…

Bref, tout ça s’est finalement à peu près bien passé, et on repart vers le plateau du Four. Je passe la Goué Vas du Four en milieu de flotte, sans trop de problèmes.

Le parcours nous emmène ensuite vers les Birvideaux, au près dans une petite brise agréable de WNW, sous un temps magnifique. Je longe l’Ile d’Hoëdic, l’Ile aux Chevaux, et mets le cap vers le plateau des Birvideaux, sous grand voile haute et génois. Antoine Thibaut sur le 612, avec qui j’ai pas mal échangé pendant la préparation, est sous mon vent, un peu devant et avance pas mal. C’est cool de rester au contact comme ça.

Samedi 22h30. Les Birvideaux

Je passe les Birvideaux, toujours en milieu de flotte, par nuit noire (c’est la nouvelle lune) et bien étoilée. C’est vraiment magique ce passage de marque : chacun de nos petits bateaux a son feu de tête de mât allumé, un First 40.7 du comité de course est également dans les parages pour faire le pointage au passage de bouée. Entre le phare des Birvideaux, les feux de mât et les étoiles, on s’y perd un peu dans le ciel ! Et si d’habitude en croisière on laisse ce caillou isolé assez loin – on ne sait jamais trop – là, de nuit, en solo, on le rase dans le noir absolu ! Bref vraiment magique. Après la marque, on doit contourner Belle-Île par l’Ouest. J’ai bien préparé mes waypoints sur le GPS, je me mets très vite sur la route directe, et j’envoie très rapidement le gennaker.

Samedi, vers minuit. Belle-Ile

Trop cool, ça se passe bien le bateau descend bien, cap sur l’ouest de l’Ile d’Yeu, plus de 50 milles plus loin ! Seul petit bémol à tout ça, je n’ai pas beaucoup dormi avant Belle-Île… Et le risque sur ce genre de course, c’est de laisser la fatigue s’accumuler, surtout que la route est encore longue, et que le plus dur est encore à venir, si on en croit les prévisions météo. Je profite de ce long bord de gennaker, bien stable, en route parallèle avec les petits copains qui ne sont pas loin, mais bon pas trop de risque de collision quand même, pour aller recharger mes batteries, tout en laissant le pilote automatique décharger celles du bateau ! Je n’oublie pas au passage de la pointe du Talud de Belle Ile de m’annoncer au sémaphore, comme demandé par le comité. C’est pas mal ce système, ça permet au comité de course de savoir si tout le monde est passé, et si ils n’ont pas perdu quelques moutons du troupeau.

Dimanche vers 8h, Ile d’Yeu

Vers 8h du matin, je passe par le travers de Yeu, et je m’annonce également au sémaphore de Saint Sauveur. La nuit s’est bien passée, j’ai l’impression d’être resté à peu près au contact avec les mêmes petits copains. Benoît Lauriere sur son 539 aux voiles multicolores et Antoine, toujours sur le 612 avec sa GV rouge sont facilement identifiable. La légère abattée au passage de Yeu nous permet de troquer le gennaker pour le grand spi, et c’est parti pour une belle petite descente vers Port Bourgenay, après les Sables d’Olonne. Et là une nouvelle fois, j’ai un très mauvais feeling avec ce spi, qui décidément me semble petit, taillé, bizarrement, très plat… Mais bon, je ne fais toujours pas le diagnostic final… Je perds quelques places, mais bon c’est pas grave, il reste encore de la route.

Dimanche 12h55, Port Bourgenay

Je passe la marque d’eaux saines de Port Bourgenay, avec quelques autres bateaux. 612 et 539 m’ont bien déposés, et la tombée du vent après le passage de la Petite Barge (cardinale ouest au large des cailloux des Sables) ne m’a pas été très favorable. Il m’aura fallu un bon moment pour louvoyer au largue pour descendre entre cette marque et la bouée de Bourgenay, où Groupe Sefico, un Pogo 40 nous attend pour pointer notre passage. Il fait toujours un temps magnifique, mais qui commence à se charger un peu. Je regarde autour de moi, et ohohoh, un bon petit nuage bien noir pointe son nez, avec de la pluie dessous. C’est magnifique les contrastes dans cette lumière d’avant le grain : l’eau n’a pas la même couleur qu’en Bretagne, sous le soleil, chargée d’alluvions de cette côte sableuse, elle est presque turquoise. Le ciel alterne entre bleu vers le sud, et noir du grain à venir au nord, et toujours un super soleil bien agréable pour nous réchauffer et recharger mes batteries. Après cette marque la plus au sud du parcours, ce qui est prévu au menu c’est une lente remontée au près vers Yeu, et ensuite on devrait pouvoir mettre un peu plus d’angle vers Belle Ile (à passer au choix soit à terre soit au large, j’ai pas encore les idées très claires là-dessus), toujours avec du vent WNW 3 à 4 l’après midi, 4 à 5 dans la nuit, et tournant SW en fraîchissant en « seconde partie de nuit ». Quand aura-t-on cette bascule ? C’est quoi « seconde partie de nuit ». A la télé, seconde partie de soirée c’est 22h30, mais là on n’est pas à la télé. Et logiquement pour moi si on divise la nuit en 2, entre 21h et 7h, ça fait 2h du matin pour la bascule.

Dimanche vers 15h, devant les Sables d‘Olonne

Bref, un peu perdu dans mes pensées, je m’emmêle un peu dans mes changements de voile. Je ne sais pas trop ce que ça va donner ce grain, qu’est-ce qu’il y aura derrière. Je prends 2 ris avant le grain, la pluie arrive, pas beaucoup plus de vent, je largue un ris, le vent remonte juste derrière toujours sous la pluie, hop je reprends le ris… J’aime vraiment pas cet endroit, c’est pas pour rien que ça s’appelle les Barges. En fait je crois que les barges, c’est plutôt nous. On descend aux Sables pour remonter sur Groix, faut vraiment aimer ça ! Et en plus on nous promet du vent et de la pluie toute la journée de demain !

Dimanche 19h30, entre Les Sables d’Olonne et Yeu

Grâce à mon petit bidouillage de dernière minute la semaine dernière sur le cardan du réchaud, je me fait chauffer de l’eau avant la nuit, pour m’enfiler un petit lyophal ‘pasta bolognaise’… Mmm ça fait du bien par où ça passe. Et pour une fois, le compte minute qui me sert à minuter mon temps de sommeil, m’est d’une utilité culinaire : après avoir versé l’eau dans le lyoph, ils disent d’attendre 3-4 minutes que ça gonfle, hop, pas d’hésitations, pas besoin de le chercher non plus – je l’ai toujours autour du cou – je lance le compte à rebours.

Pendant toute l’après midi et le début de soirée, je tire un premier long bord vers le nord, vers la côte et ses grandes plages. Je revire vers WSW à quelques encablures de St Gilles Croix de Vie, en suivant 2 ou 3 autres petits copains qui sont avec moi en cette toute fin de journée

Dimanche, vers 21h, à l’approche d’Yeu

Vers 21h, Je commence à approcher sérieusement de Yeu, la mer devient un peu plus maniable, même si ça continue à bien taper. Juste avant la nuit, deux ou trois dauphins viennent me saluer, c’est toujours aussi beau ces bêtes là ! J’essaie de leur parler, mais bon, ce soir ils ne me répondent pas. Je pense qu’au bout d’une semaine de mer en solo, on est potes, et on arrive à taper la causette avec tous les dauphins qui passent (à moins que ce soit des hallucinations liées à l’isolement et à la fatigue ?)

Dimanche, vers 22h30, le long d’Yeu

Une heure plus tard, Je revire pour longer Yeu, bâbord amures, cap au NNW. Là, pas très facile de me rendre compte à quelle distance de la côte je suis (j’ai pas trop envie de déplier les grandes cartes de détail…), alors je revire encore une fois pour me recaler dans l’ouest et être bien sûr de bien parer cette côte sauvage. Les phares d’Yeu m’éblouissent, c’est magnifique. Il y a une bonne quinzaine de minis un peu sous mon vent, tribord amures. A mon avis j’ai bien tricoté cet après midi. Pendant qu’ils tiraient un grand bord vers l’ouest après les Sables d’Olonne, mes petits bords à la côte ont sûrement payé : j’ai été protégé de la mer pendant que j’étais sous le vent d’Yeu et ça peut compter.

Pendant cette fameuse première partie de nuit, le vent reste bien stable, toujours WNW 15 à 20 nds. Par contre, ce qui est moins stable, c’est cette petite coquille de noix qu’on appelle Pogo 2. Calé aux alentours de 20° de gîte, ça penche bien, la fatigue se fait sentir. Mais bon, je ne sais pas trop de quoi sera faite la journée de lundi, et je n’ai pas trop confiance encore dans les batteries de Manu Poki. D’ailleurs, le contrôleur électronique m’annonce fièrement Batt 1 charge 0% depuis le départ, alors que l’autre est plutôt vers 85%. Je pense depuis le départ que ce n’est qu’un problème d’initialisation de l’intégrateur de capacité, et que les deux batteries sont vers 85% (d’ailleurs elles débitent toutes les deux correctement), mais bon, ça serait assez pénible de devoir barrer sans arrêt jusqu’à la fin. Du coup j’ai décidé de ne pas trop dormir pour cette seconde nuit, en plus pour pouvoir bien suivre la bascule qu’on attend en fin de nuit.

Dimanche, vers 23h30, devant Noirmoutier

Passé Yeu, je continue sur mon bord au 345, bâbord amure. La côte s’éloigne doucement, avec l’Ile de Noirmoutier (dont j’apercevrai le phare) et l’embouchure de la Loire. Pas mal de monde dans ce coin là d’ailleurs, des cargos qui rentrent et sortent, des pêcheurs qui font, comme d’habitude des allers-retours impossibles à comprendre… Je reste à la barre, le vent monte parfois jusqu’à 25-28 nds bien salés, mais la mer est vraiment maniable par là cette nuit là. Mais le truc le plus incroyable par cette nuit noire, c’est la phosphorescence de l’eau. Effrayés par le passage du bateau, des bancs de poissons (sardines ?) de plusieurs dizaines de mètres de diamètre s’agitent devant moi, et leurs turbulences sont révélées par la bioluminescence du plancton : c’est toute la mer qui s’illumine devant moi. Plus près du bateau, les derniers retardataires de ces bancs de poissons s’écartent à toute hâte de l’étrave, et le sillage de chacun est lumineux… Spectacle incroyable qui me permet, émerveillé, de rester éveillé.

Lundi, vers… quelques heures du matin, au milieu de rien, avant Belle-Ile

Je passe un peu dans le nord de la cardinale Sud « Banc de Guérande », ça y est on approche sérieusement de Belle-Ile, ça avance toujours bien dans cette nuit noire. Je vois de plus en plus nettement Goulphar, le grand phare d’atterrissage du milieu de l’Ile, et plus à droite, par intermittence, le phare rouge de la pointe des Poulains, que je vise à peu près. Le vent commence timidement à adonner, par à coups, de temps en temps il revient un peu à droite. C’est maintenant sûr que ça le fera par l’intérieur de Belle-Ile. Même si la route était un peu plus courte par l’ouest, le vent n’a pas adonné assez tôt pour que ça passe à l’extérieur. Mon cap à suivre est 315-320, et depuis Yeu j’ai plutôt fait 340-345. Mais bon, je le sens bien c’est pas mal.

Lundi, à l’aube, devant Belle-Ile

7h00 : le 612 (Antoine) s’annonce au Sémaphore du Talud (pointe SW de Belle-Ile). Je ne suis pas très loin non plus du travers de cette pointe, mais par l’intérieur. Je m’annonce aussi. Le jour est maintenant levé, la journée s’annonce bien grise, le vent a adonné un peu plus franchement, il est maintenant WSW et va le rester toute la matinée, se renforçant graduellement. Je suis maintenant sur le cap (315), à plus de 6nds, au débridé, mais tout à fait satisfait de mes voiles. La trinquette, que j’ai installée la veille au soir devant les Barges, va pas mal, mais la GV est décidément trop puissante, difficile à contrôler, et bien trop souvent je suis obligé de la mettre en drapeau.

Lundi, vers 10h, sous la pluie

Il est environ 10h lorsque je dépasse enfin la pointe NW de Belle-Ile, le vent monte d’un cran, j’installe le 3e ris. La grand-voile est maintenant bien petite, et devant la trinquette tire bien. Mais le vent est aussi bien souvent au dessus de 30 nds. A l’intérieur, le baromètre sonne tout ce qu’il peut (« ça va barder »), et à mon poignet, le baro ne sonne pas, mais c’est un peu tout comme. La mer blanchit de plus en plus, la houle est bien raide, les lames font déraper le bateau, dont la route fond calculée par le GPS, qui me sert de repère varie beaucoup au gré des vagues, entre 305 et 345. J’essaie de prendre un peu de marge sur la pointe de Groix, et de viser plutôt 310 que 315 comme cap moyen, mais il me semble que c’est vraiment l’allure la plus difficile à tenir, avec les vagues qui repoussent bien fort le bateau.

A l’intérieur, tout est toujours bien calé. Hier après midi, j’avais bien chargé l’étrave pour aider à faire du cap dans les vagues, mais maintenant tout est au vent, un peu en arrière du mât, pour faire un max de rappel. Ca continue à bien avancer, mais j’ai un peu hâte que ça se termine. Je compte les milles jusqu’à Pen Men. Une petite vingtaine, à un peu plus de 6nds, on va mettre 3 petites heures, vers 13h30 ça sera terminé tout ça ! Le vent monte encore, j’ai maintenant 35 nds établi, et depuis 7h il pleut bien : je crois que je suis bien trempé jusqu’au fond des bottes. Mais le moral est bon. Dans mon délire, je crie à tue tête pour me donner du courage : « Bon Eole, c’est gentil tout ça, mais tu peux pas baisser un peu le volume, on ne s’entend plus ici ! ». La chute de la GV commence à vibrer, j’en suis quitte pour aller faire un peu d’acrobaties en bout de bôme pour reprendre du nerf de chute, sur l’air de « Faudra pas oublier de le mollir celui-là tout à l’heure ! ».

Lundi, vers 11h, pluie et vent aux Birvideaux

Passé les Birvideaux, la mer se renforce encore un peu. Ca commence à déferler gentiment autour de moi. Par précaution, je referme la porte du cockpit, et du coup je perds l’accès à l’afficheur du GPS. Je garde juste l’info Cap Fond sur les afficheurs extérieurs, mais le cap/distance au but n’est plus visible. C’est dingue, ça mais ne plus pouvoir lire combien de temps je vais encore passer à me faire rincer au débridé, ça me gêne. Je regarde ma montre et me dit que je rouvrirai dans 20 minutes pour voir combien de milles il me reste avant cette fameuse pointe de Pen Men.

Autre problème lié au fait d’avoir refermé la porte, je n’entends presque plus du tout la VHF. Déjà, avec le bruit ambiant (« non, je suis pas sourd, peut-être juste un peu dur de l’oreille », dirait le Pr. Tournesol) j’avais du mal à tout bien entendre, le haut parleur extérieur ayant pris l’eau récemment. J’arrive tout de même à entendre et comprendre qu’un autre concurrent a des soucis, mais que ce n’est pas si grave que ça et que le CROSS et le comité de course s’en chargent. Il est sûrement dans le même vent que moi, et dans les conditions actuelles, je ne suis pas vraiment très manoeuvrant, et à moins d’une urgence absolue (que personne ne souhaite évidemment, mais il faut bien le nommer : homme à la mer), la meilleure chose que je puisse faire c’est avancer pour me sortir de ce front froid et récupérer ma manoeuvrabilité.

Je ne sais pas si c’était prémonitoire ou si au contraire, d’avoir fermé la porte, ça attise l’excitation des déferlantes, mais pas plus de 5 minutes après, broum, une grosse vague me passe dessus. C’est facile d’écrire ça, bien au sec à Paris, mais sur le moment ça fait toujours une drôle d’impression. Ce n’était pas ma première en mer, mais ma première en solo. Du coup, personne ne crie de l’intérieur « Ca va Jérôme, t’es toujours là ? ».

Pour expliquer ce que ça fait de prendre une déferlante, j’explique toujours aux non-marins : « Tu vois ce que c’est un rouleau sur la plage, assez gros pour te rouler et t’empêcher de passer ? Ben là c’est la même chose, sauf que t’es tout habillé, et que la vague est assez grosse pour recouvrir tout le bateau de 40 cm d’eau. » Le plus dangereux là dedans – j’espère ne jamais prendre une déferlante qui fasse faire un tour au bateau – c’est de se faire emporter par la vague, pas forcément à l’eau, mais aussi contre les divers accessoires contondants du cockpit. Là j’avais prévu mon coup : une longe de harnais au fond du cockpit, une au vent, et une sangle courte avec deux tours passés autour du winch juste à côté de moi. Dans ces conditions, c’est presque drôle de se prendre une déferlante, surtout en sachant qu’il y a une douche chaude à gagner à la fin de la journée. Ca serait encore plus sympa avec de l’eau 10-15 degrés plus chaude, mais beaucoup, beaucoup moins drôle si je devais continuer la course 15 jours de plus, maintenant que je suis bien bien mouillé-salé.

Lundi, peu avant 13h : Enfin, le passage du front

Deux, trois déferlantes plus loin, ça se met à vraiment barder. L’anémo affiche 38 nœuds toujours SW, gros nuage noir au-dessus de moi, pluie à l’horizontale, crêtes des vagues emportées par le vent. Je regarde devant, au vent, et j’ai tout de suite le feeling que ça y est, le front passe, on est dans le dernier coup de chien avant la bascule. Pour l’avoir vécu déjà un bon nombre de fois, je m’y attends, et hop comme par magie, ça arrive : en 100 mètres, le vent tourne de 90° à droite, passe de 35 à 12-15 nœuds, la pluie cesse presque, la visi s’améliore incroyablement, et on sent le froid revenir.

Après ce passage de front, je me retrouve à moins de deux milles des falaises de la côte sauvage de Groix, qui ont profité de l’accalmie pour apparaître, sous les dernières gouttes du front qui s’éloigne. Il fait encore un peu trop sombre pour qu’elles prennent leur belle couleur vert olive, là elles sont plutôt encore un peu sinistres…

Le vent est maintenant NW, 10 à 15 nœuds, et me voilà, sous GV 3 ris et trinquette, à repartir au près pour louvoyer sous les falaises de la pointe NW de Groix, avec une très forte houle à 90° du vent. Le bord bâbord amure est plein face à la mer, ça donne quelques bons plantages de pieux : mieux vaut se tenir à bord quand on monte et redescend de face une vague de 3-4 mètres ! Je renvoie de la toile au plus vite, pour faire avancer le canot. Un peu derrière moi, un autre mini semble avoir épuisé toutes ses cartouches de voiles d’avant, il envoie son tourmentin alors qu’il n’y a plus que 15nds de vent. J’espère qu’il n’aura pas trop de mal à avancer dans cette mer bizarre avec si peu de toile à l’avant.

Lundi, 13h30, J’ai passé Groix !

A 13h30, je m’annonce au sémaphore de Beg Melen, et j’en profite pour demander des nouvelles du bateau dont j’avais entendu qu’il était en difficulté tout à l’heure. Une voix charmante me répond que c’est le 552 qui a eu une voie d’eau rapidement maîtrisée, et qu’il est en remorque vers Lorient derrière une vedette SNSM. Ouf, tout va bien de ce côté-là, plus de peur que de mal. D’ailleurs, le temps se met au beau, maintenant qu’on a passé le front froid.

Pour revenir sur ce passage de front, j’aimerais faire partager ma fascination pour la magie de ces phénomènes météo assez fréquents, mais que pourtant on ne visualise réellement que très rarement lorsqu’on a une activité « normale » (i.e. qu’on n’est pas en mer à faire le barjot par mauvais temps). J’encourage quiconque n’a jamais vécu un passage de front à faire la petite expérience suivante. Pendant une semaine de vacances sur la côte bretonne (l’Irlande, la Galice et la Cornouaille anglaise vont aussi, tiens tiens, les peuples celtes ne partagent pas que leur culture…) en avril ou en octobre, attendre un créneau météo intéressant : à la radio il faudrait attendre une annonce du genre : « Demain, au passage d’une perturbation, pluie et vent le matin, s’améliorant l’après midi, avec averses passagères, (on peut remplacer matin et après midi par début et fin de nuit, mais en général, à terre, la météo parle peu de ce qui va se passer pendant la nuit). Ensuite, il faut se munir d’un bon ciré, d’une paire de bottes et d’une quantité de patience adéquate (et d’un paquet de Figolu, ça aide à soutenir la patience). Les accessoires non indispensables mais intéressants sont un thermomètre, un baromètre, un anémomètre, une boussole et un appareil photo, tout cela devant être résistant à un peu (!) d’humidité. Il faut ensuite s’asseoir sur un quai donnant vers le large, dégagé du SW au NW. Si vous avez de la chance, vous serez certes bien mouillé après cette expérience, mais surtout vous aurez vu le baro chuter, la pluie tomber dru, le vent de SW se renforcer, tout ça juste avant une dernière barre de nuages bien noirs, et juste après, vous aurez ressenti une baisse significative de température, une bascule du vent au NW en mollissant, et vu le baro remonter aussi raide qu’il avait chuté. Et si vous avez vraiment de la chance, vous verrez distinctement le ciel passer du noir au bleu en l’espace de quelques minutes. En fait, je crois qu’à terre on n’est vraiment pas attentifs à ce qu’il se passe dans l’air au dessus de nous, d’autant plus qu’en général on évite de rester longtemps dehors sous la pluie, et c’est bien dommage ! Alors qu’en mer, non seulement on y va et on y reste sous la pluie, mais en plus on paie pour ça ! D’ailleurs, au plus fort du grain, je me souviens avoir crié au vent et aux vagues : « allez-y, j’en veux pour mon investissement » et je crois qu’effectivement, j’en ai eu pour mon argent !

Lundi, 14h30, entre Groix et Lorient

Passée la pointe de Pen Men, je tire quelques bords de largue sous GV et trinquette, le temps de récupérer un peu, avant d’envoyer le spi. Le vent est maintenant bien établi à 15-20 nœuds, NW, le bord vers Quiberon sera donc assez lofé. Ca sera donc un spi de capelage qu’il faudra envoyer. Je le prépare, l’envoie, et part tout de suite au tas… Tiens, tiens ce petit spi me paraît bien trop grand, trop creux… Ne serais-je pas l’un des concurrents les moins bien préparés de cette régate ? Il faut se rendre à l’évidence, et accepter la réalité. N’ayant utilisé avant cette régate que le spi de tête « de convoyage », je n’avais pas lancé les spis de régate, ni le spi maxi de tête, ni l’autre, plus petit, plus plat, plus résistant, bref le spi de brise. Et donc la veille, après le passage de Yeu sur la descente vers Bourgenay, lorsque j’ai trouvé que mon spi de tête était un peu petit et mal coupé, c’était en fait le petit spi que j’avais hissé sur la mauvaise drisse. Dès lors, je comprends mieux que tous les petits copains m’aient passé comme si j’étais à l’arrêt… J’enrage 5 minutres, mais bon, je ne vais pas en faire un drame non plus. J’ai déjà l’immense plaisir d’être là, d’avoir essuyé un petit passage de front sans trop de problèmes, hop on continue ! J’abat gentiment pour affaler le grand spi et renvoyer le petit sur la bonne drisse, et ça va beaucoup mieux. Seul problème, ces petites manœuvres m’ont fait glisser pas mal sous le vent, le bord va être d’autant plus loffé…

Lundi, 16h30, entre Quiberon et Belle-Ile

Bref, ça avance bien sous petit spi, presque au travers, mais à l’approche de Saint Pierre de Quiberon, ça ne le fait plus trop, j’affale pour pouvoir loffer. Je me retrouve à nouveau au contact de 5 ou 6 minis, c’est sympa, de débouler comme ça à plusieurs entre Quiberon et Belle-Ile, prêts à mettre le clignotant à gauche vers Pornichet. On passe devant la Teignouse, le temps est magnifique, mais avec une sérieuse tendance aux grains. L’italienne du Pogo 2 n°599, avec qui j’ai déjà croisé plusieurs fois, est à nouveau à portée de voix. Je regarde derrière moi, c’est tout noir, je décide de rester sous GV et trinquette, et d’attendre de voir ce que ce nuage a dans le ventre pour envoyer un spi. On est maintenant tribord amure, à 15° du cap, qui serait plus Est que ce qu’on fait, mais l’empannage nous emmènerait sur les cailloux de l’Ile aux Chevaux ou d’Hoedic. Le 599 commence un envoi de spi, mais ça se passe mal, le vent monte de temps en temps, finalement elle range la toile.

Lundi 17h, sous le grain

D’ailleurs ça me paraît sage, le grain approche. Devant nous, deux minis sous grand spi semblent bien s’éclater, mais je n’aimerais pas être à leur place quand le grain va venir ! Tiens, d’ailleurs, le voilà qui arrive. Je suis toujours sous GV pleine et trinquette, mais plein cul ça devrait le faire, d’autant que la mer, entre Belle-Ile et Quiberon, n’est pas trop formée. Hop ça y est, ça moutonne dur, l’anémo monte en dix secondes de 15 à 30 nœuds, je commence à partir au tas, mais non, je rattrape la situation d’un petit coup de barre bien senti, et hop, ça plane… les vagues sont courtes, et sans spi pour soulever l’étrave, ça ne surfe pas vraiment, mais bon 11 nœuds bien tranquille, ça fait toujours gagner un peu de temps. Je me retourne, et derrière moi l’italienne du 599 est partie au tas, et est à l’arrêt, travers au vent, la GV claquant au vent. Visiblement, elle a eu moins de chance que moi, elle n’a pas réussi à se maintenir dans le lit du vent, et tente maintenant de prendre un ris ou deux en catastrophe… Finalement, en serrant bien les fesses, ça passe bien ! Je ne dis pas que je laisserais la barre au pilote là tout de suite, mais bon, ça va pas durer longtemps, et en plus, il pleuvine à peine, que demande le peuple. Et devant moi, les deux spis sont maintenant en drapeau, bateaux couchés… Mais bon, ils sont toujours devant moi !

Lundi 18h, la fatigue se fait sentir…

Après une bonne demi heure, le grain finit par passer, et j’ai maintenant dépassé le plateau des Grands Cardinaux, qui marque la fin de la longue chaussée de cailloux qui prolonge vers le Sud-Est la suite Quiberon-Houat-Hoëdic. J’envoie le petit spi, sans trop de problèmes, et décide d’empanner pour rejoindre le Four… mais là, je crois que la fatigue de cette longue journée à la barre se fait sentir, et la malédiction du spi est sur moi : le petit spi s’entortille gentiment en un beau cocotier autour de l’étai. Je réempanne pour défaire les tours, forcément ça ne marche pas. J’enrage, j’enrage, j’enrage, et je remballe la toile. Je me venge sur une tablette de choc’ qui traînait par là, et je recommence, avec le grand spi cette fois – le vent n’est pas si fort que ça, et bon, ça n’était qu’une petite malédiction, pas un vrai mauvais œil qui était sur moi. Lequel grand spi me joue un autre tour en se prenant dans la barre de flèche… je ré-affale le tout, et mine de rien j’ai un peu avancé, du coup j’empanne sans spi, pour me recaler dans l’est, et re-prépare l’envoi de l’autre côté, en repassant le petit spi, mais bon, le cœur n’y est plus trop. Le vent revient assez fort, 20-25 nœuds, avec toujours des menaces de grains, et bon même comme ça, sous trinquette (pas eu le courage de ressortir le génois), ça avance pas mal, j’y serai à la nuit tombante à cette fameuse arrivée… Je tergiverse, je me parle au conditionnel… « Allez Jérôme, faudrait l’envoyer ce petit spi de rien du tout ». Ca me rappelle une phrase bien connue : « quand le skipper commence à parler au conditionnel, il est temps que l’équipage s’inquiète ». « Allo ? Y’a quelqu’un là dedans ? » Non toujours pas d’équipier pour me forcer à repasser à l’impératif… Les spis regagnent la soute, et j’en profite pour ranger leurs écoutes, sur l’air de « on est bientôt arrivés »…

Pour positiver, je me dis que même s’il reste encore un peu de route, j’ai presque terminé ce pour quoi je suis venu : finir ma première course en solo, la tête haute, sans casse. Et sans pleurer non plus, alors c’est pas maintenant qu’il faut craquer.

Donc je peux terminer à mon rythme, sans honte de ne plus avoir le peps de ressortir le pépin. Le classement, ça sera pour la prochaine fois !

Bref, je finis par approcher de la baie de la Baule, me faisant doubler par un ou deux copains, sous spi, mais bon, c’est pas grave, l’important c’est de finir.

Lundi, vers 22h, à l’approche de la ligne

Le GPS m’égrène les derniers milles, 5, 4, 3, 2… Je m’annonce au comité, la nuit est là, et l’entrée toujours difficile à trouver, avec tous les néons des hôtels de la côte…

Lundi 22h15 : L’arrivée !

C’est bon ça y est, je passe à une vingtaine de mètres du comité, merci les gars, c’est sympa de m’avoir attendu ! Il est 22h15, lundi soir. Sous spi après Quiberon j’aurai sûrement gagné une ou deux heures, et si je n’avais pas interverti petit et grand spi lors de la descente sur Bourgenay, encore une ou deux heures… J’ai presque gagné, non ? Pour voir ça, ça sera pour l’an prochain !
et le retour à terre…

Nous sommes 3 ou 4 minis à arriver à peu près en même temps, et en quelques allers-retours, les zodiacs de l’organisation nous remorquent jusqu’aux pontons de Pornichet. C’est marrant, cette arrivée nocturne, un peu en catimini. Petit pincement au cœur en voyant qu’effectivement, beaucoup de bateaux sont déjà amarrés et bien rangés, mais bon, c’est pas grave, je suis tellement heureux de cette première expérience ! L’an passé, l’arrivée du Mini-Fastnet à Douarnenez en plein jour dans le port quasi vide était autrement plus festive… mais bon ça peut pas marcher à tous les coups, et le solo je connaissais pas, alors que le double, c’est un autre monde !

Je roule ma GV, range deux trois trucs dans le cockpit, et tout habillé (y compris : gilet/harnais, bottes qui font floc floc mais qui tiennent chaud quand même), je file vers le PC course pour récupérer mon téléphone et rassurer les miens. Ben tiens, ils étaient déjà au courant de tout, heure d’arrivée en direct, classement, etc. Bien plus que moi ! Bravo le CNBPP pour la mise à jour en direct du blog de la course !

Je finis par trouver suffisamment de lucidité pour aller prendre une douche et mettre des vêtements propres, ah c’est fou comme on se sent un autre homme après ! Je retourne au bateau, me prépare à me coucher dans mon sac de couchage (qui était resté bien au sec, en solo en régate on dort dans ses bottes et son ciré, surtout quand il ne fait pas trop froid).

A ce moment là, j’entends un autre bateau venir s’amarrer à couple de Manu Poki. C’est Marc Vertes sur un autre Pogo 2, qui lui aussi est super content d’être là ! On se raconte deux minutes notre « guerre », et je l’aide à s’amarrer. Sa régate à lui s’est faite dans des conditions autrement plus dures que la mienne. Visiblement, son soufflet « d’étanchéité » de la liaison du pilote sur le safran tribord – point faible bien connu des Pogo 2, et qui se règle à coups de Sikaflex – n’était pas étanche. Du coup c’est un peu la piscine dans son bateau… hmmm, et moi qui me plaignait d’un peu d’humidité. Il me fait remarquer ses baskets aux pieds : « Je me suis rendu compte assez vite que j’avais oublié mes bottes, du coup je crois que je suis un peu en hypothermie… » me dit-il. Je suis vraiment impressionné par sa performance, moi, avec mes bottes en gore-tex, j’ai déjà eu froid, je crois que je n’aurais vraiment pas tenu le coup, j’aurais très certainement abandonné depuis longtemps, ou au moins fait escale pour acheter des bottes à Yeu ou aux Sables… Ceci dit, je pense que je n’aurai pas pu les oublier ces bottes, je les avais aux pieds depuis 9h du matin le jour du départ.

Conclusion

Ce qui s’est bien passé
- sécurité
- matériel
- sommeil
- électricité
- alimentation
- matossage

Ce qui s’est moins bien passé
- manœuvres
- grand voile : je ne sais pas la régler au près dans la brise
- réglages du pilote automatique
- suivi tactique
- préparation de la route à suivre, pas trop tenu compte des courants
- rester sec

A mieux préparer :
- prévoir une carte de détail de chaque île à contourner avec des repères simples pour être bien sûr de parer les dangers mais sans faire trop de route

En prime :
- Pornichet Select 2009 - Classement Série
- un petit article du Télégramme où je suis cité comme “Concarnois”;-)

Prochaine course

Ma prochaine course, c’est le Mini-Fastnet, en double avec Mathis Prochasson, toujours sur le 504. A suivre ici !

Commentaires»

no comments yet - be the first?